Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /2009 08:26
Les insomnies ont ceci de bon qu'elles vous dégagent du temps pour la lecture. Avec un peu de chance on replonge dans un sommeil réparateur et le livre n'a pas besoin d'être bon: demande-t-on à un somnifère d'avoir bon goût? (tiens, ça me rappelle une publicité pour un médoc). Au pire on est happé et, seul, sans bruit (à moins que votre conjoint ne ronfle, mais, vous aussi, vous n'y mettez vraiment pas du vôtre!), donc, sans bruit, on est le privilégié d'un texte rare dont on peut se délecter pour soi-même, en égoïste, faisant rouler les mots encore et encore et, au matin, cerné et enfiévré, on pourra décider d'aller répandre la bonne nouvelle, ou pas. Ça nous fait un bon alibi pour notre tête-froissée-limite-présentable-au-travail (encore que, le client carte postale se fiche bien de savoir à quoi vous ressemblez du moment que vous avez l'enveloppe qui va avec...): on ne pourra pas nous accuser de manque professionnalisme!

Insomnie disai-je... que faire quand vous ne vous rendormez pas sur un mauvais livre? Attention, c'est une première, je m'étais juré de parler exclusivement de mes lectures coup de coeur, et encore pas toutes, plus par paresse que par réelle conviction, j'entends. Mais là, ce sont les vacances, il est 8h30, je devrais être vautrée dans mon lit, donc officiellement ce n'est pas du temps perdu.

Chronique d'une mort annoncée, Les Identités remarquables aurait les ingrédients d'un livre agréable. Trentenaire désabusé, Louis est enseignant dans un lycée de Bayonne. Le livre l'interpelle, le désignant comme protagoniste de cette mort orchestrée. Dans sa vie, il y a Caroline, la blonde marchande de jouets, et Laroque, le prof de philo, passionné de littérature, charismatique et méprisant. Ce trio sympathique, les deux potes et leur égérie, traîne son amitié dans les cafés en bord d'Adour. En négatif, Olivier et sa soeur, aussi terriens que les trois autres sont spirituels, ruminent une vengeance familiale vieille de vingt ans. Accroché à l'instant et ignorant les desseins qui l'attendent, Louis vit ,insouciant, son dernier jour, inutile, égoïste et léger. Et c'est là que pourrait être toute la profondeur du livre: ces instants qui mis bout à bout ne sont que du vide, du temps qui s'écoule sans que nous ayions mesuré notre chance, le paradoxe entre la futilité du jour et la brutalité de la fin.
Mais non, le roman perd vite de la profondeur annoncée et gagne en ennui. Dans le désordre et sans talent (là aussi l'insomnie tient lieu d'excellent alibi):
 - les personnages y sont largement décrits, il semble qu'il les étoffe dans le seul but de les doter d'une personnalité, mais leur histoire ne sert que peu le texte au final;
 - la soeur d'Olivier est ridiculement baptisée "Mademoiselle Mystère", on dirait le portrait brouillé d'une star dont il faudrait deviner le nom pour gagner de l'argent dans Télé 7 jours;
 - à force de sur-ligner le temps qui passe Sébastien Lapaque nous enlève la saveur d'en tirer des leçons nous-mêmes;
 - l'écriture est bien peu subtile : "le mitan des années 70 " est convoqué un certain nombre de fois (non, je n'irai pas rouvrir le livre pour compter!); "Mais comment sentir, dans l'instant, que c'était la dernière fois qu'il te voyait? Il eût fallu posséder ce don de divination dont jouissent certains oiseaux qui savent s'envoler avant l'orage ou l'incendie." ...

Il faut reconnaître au livre le mérite d'un certain suspense qui vous pousse malgré tout vers la fin, mais alors la chute: le summum de la morale facile... un vrai conte pour enfants!

Je n'ai pas les moyens de faire du snobisme intellectuel et je peux accepter de me laisser embarquer par un pur divertissement. C'est comme au cinéma, finalement si ça fonctionne sur le moment, c'est que le film est bon quelque part. Mais là non, désolée, trop sérieux pour un divertissement et trop maladroit pour le reste... Force est de constater que n'est pas Garcia Marquez qui veut.

Voyons le bon côté des choses, il ne m'aura volé qu'un peu de sommeil et, là encore, ce n'est pas vraiment du temps perdu!

Les Identités remarquables, Sébastien LAPAQUE, Actes Sud, août 2009.



Et, en plus, entre nous, elle ne vous donne pas envie de vomir cette couverture?...
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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