Samedi 19 septembre 2009
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« Aujourd’hui on dira qu’il ne sentait pas trop mauvais. On n’ironisera pas sur le fait qu’il viendra manger à l’œil et que pour une fois il n’aura pas à faire semblant d’arriver à
l’improviste. On l’appellera Feu-de-Bois comme depuis des années, et certains se souviendront qu’il a un vrai prénom sous la crasse et l’odeur de vin, sous la négligence de ses soixante-trois ans.
»
Le roman s’ouvre sur la magistrale description d’un homme à la marge, à la dérive, d’un homme qu’on tolère mais qu’on ne comprend pas, d’une épave dont on ose à peine dire, du bout des lèvres et
pour s’en moquer, qu’il est de la famille, qu’on ne peut plus le récupérer. Il est maladroit Feu-de-Bois, violent même, un poivrot quoi. C’est l’anniversaire de sa sœur et l’on sent qu’il a fait
des efforts, puis c’est le dérapage, le verre de trop, le mot de trop, et l’insulte est lâchée : « Le bougnoule. ».
Une étincelle ravivant le traumatisme de ces appelés en Algérie en 1960 : Bernard, Rabut, Février ; les deux cousins et le copain… Certes, ils en sont revenus, ils ont même vécu et ils se sont tus.
Ils ont montré les photos d’une Algérie cliché de carte postale, baignée de soleil, pour oublier, parce que personne ne peut partager ça. Mais chaque nuit elle leur vole leur sommeil, et le front
en sueur, tâtonnant tels des enfants pour trouver la lumière, ils cherchent un réconfort qui ne vient pas.
Quatre séquences : « Après-midi », « Soir », « Nuit », « Matin » ; on est au cinéma. La caméra se pose, zoom sur un personnage, et nous le pénétrons instantanément. Il semble que les mots nous les
formulions nous-mêmes, comme si, la trouille aux jambes et le regard vide, nous nous réveillions nous-mêmes au souvenir des événements. Une narration polyphonique menée avec brio où l’auteur donne
corps au silence, où la « Nuit » donne à voir ce que ces hommes voudraient taire.
Autrefois, Feu-de-Bois s’appelait Bernard et, ce qu’il est aujourd’hui, c’est celui qu’ils devraient tous être.
A force d’user de superlatifs, on a souvent le tort de les galvauder, taxant de génial un texte qui n’est qu’une agréable lecture. Permettez-moi d’insister : ne passez pas à côté de celui-ci.
Des hommes, Laurent MAUVIGNIER, Ed. de Minuit,
sept. 2009.
www.histoire-en-question.fr
Par Mlle Georges
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Publié dans : chroniques livresques
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