
Le 26 mai dernier, grâce à nos confrères du Royal, nous recevions Bertrand Tavernier au Bookstore. Un peu fébriles, sans doute, enthousiasmés, pour sûr. Un grand monsieur dans un espace confidentiel, agréable, accessible, se prêtant au jeu de la dédicace pour le plus grand bonheur des quelques cinéphiles entourant notre légendaire canapé à l’étage. Il y a ceux qui sont venus munis de leurs vieux vinyles et autres bandes originales de films, mais la plupart était là pour la publication revue et augmentée d’un ouvrage initialement paru en 1993 : Amis Américains, Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood, vingt-huit en tout.
Alors oui, il est dense, épais et il coûte 69 euros, un pavé en somme, mais c’est une Bible, un monument, l’impressionnant travail d’un cinéaste à la rencontre d’autres cinéastes : Robert Altman, John Ford, Jacques Tourneur, Abraham Polonsky et ses homologues figurant sur la liste noire du maccarthysme, Joe Dante ou encore Quentin Tarantino, pour ne citer qu’eux. Le livre s’ouvre sur un entretien de Thierry Frémaux avec Bertrand Tavernier et s’enrichit de nombreuses photographies, reproductions d’affiches et publicités d’époque. D’aucuns, plus spécialistes ou plus cinéphiles que moi se laisseront peut-être moins facilement impressionner, mais chapeau bas tout de même !
L’introduction de Thierry Frémaux nous en livre le mode d’emploi :
Amis Américains est un livre de spécialiste, un ouvrage d’érudition, un volume de mémoires. Cela dit, prenez-le comme il vous plaira. Vous n’êtes pas obligé de commencer par la première page, ni d’obéir à la logique du chapitrage adopté par l’auteur. Vous pouvez regarder d’abord les illustrations, choisies souvent parce qu’elles incarnent le cœur même du fétichisme cinéphilique (affiches, calicots publicitaires, couvertures de magazine, etc.). Vous pouvez vous promener d’un cinéaste à l’autre, sans souci chronologique ou stylistique. Vous remarquerez alors combien certains d’entre eux obsèdent les autres, toutes générations confondues : John Ford, Roger Corman ou même Edgar G. Ulmer, pour ne citer que ces quelques noms. Vous pouvez parcourir les paragraphes introductifs, complétés ces derniers mois par Bertrand Tavernier depuis une salle de montage, une chambre d’hôtel ou le fauteuil d’un avion. Ce sera une première manière de survoler ce continent qu’il vous propose d’explorer plus en détail. Quoi qu’il en soit, pour atteindre la fin du voyage, pour en saisir l’intense nécessité, des jours de lecture vous seront nécessaires, peut-être plusieurs mois. Et ce livre, à coup sûr, vous accompagnera de nombreuses années. D’ici là, le plaisir de la lecture se sera mêlé au vertige des filmographies. A moins que ce ne soit le contraire.
Voilà, tout est dit, il ne vous reste plus qu’à passer la porte du Bookstore, monter à l’étage, vous installer confortablement sur le canapé en question et en feuilleter quelques pages, ne serait-ce que par curiosité, et mesurer l’étendue de ce qu’il vous reste à voir.
Amis américains, Bertrand Tavernier, Actes Sud,
nov. 2008.
