Mardi 14 avril 2009
Vous n'entendrez jamais parler d'un sportif qui a perdu l'odorat dans un accident tragique. La raison? Pour que l'univers puisse nous enseigner de cruelles leçons dont nous ne tirerons d'ailleurs jamais profit, le sportif doit perdre ses jambes, le philosophe son esprit, le peintre ses yeux, le musicien ses oreilles, le chef cuisinier ses papilles. Ma leçon à moi? J'ai perdu ma liberté et je me suis retrouvé dans cette étrange prison où le plus difficile, à part s'habituer à ne rien avoir dans les poches et à être traité comme un chien qui a pissé dans une église, c'est l'ennui. [...] Il n'y a plus qu'à devenir fou.

Bienvenue! Ca commence fort, ça vous entraîne dans un esprit dont on ne sait s'il appartient à un fou ou un génie, un paranoïaque ou un visionnaire, un sociopathe ou un sage. De ce père auquel il se défend de ressembler mais dont il ne peut renier l'héritage, Jasper Dean se doit de raconter la vie, comme pour trouver un sens à la sienne.  L'esprit en question, c'est celui de Martin Dean, frère dans l'ombre du célèbre Terry, assassin adulé des foules australiennes. Sortir de l'ombre pour exister, pour élever seul un fils né d'une étrange union, rongé par ce désir de reconnaissance en crachant sur la société, voilà  la vie et l'oeuvre de Martin Dean le misanthrope. Mais quand ce père erre de dépressions en clubs de strip-tease et s'isole de ce monde qu'il méprise au sein d'un labyrinthe qu'il fait construire en plein bush australien pour mieux s'affranchir du réel, lire frénétiquement et réfléchir sur la vie pour en renier l'intérêt , comment trouver l'équilibre d'une vie normale? Comment même en avoir envie? Comment se défaire de l'atavisme et ne pas devenir soi-même un handicapé du réel? Entre conscience aigüe et paranoïa, Martin Dean et son fils sont les héros d'un conte philosophique et fantasque, d'une épopée rocambolesque qui traverse l'Europe, la Thailande et l'Australie, nous entraînant de trahisons en déceptions, dans des vies où si l'amour et les moments d'extase sont appréciés pour leur rareté, ce sont les tragédies et une constante ironie du sort qui forgent les destins de ces êtres intelligents et désabusés.

C'est une réussite, un festival d'esprit, une citation à chaque page, une écriture gravée au fer rouge. Attention, tout n'est pas toujours plausible, il n'est pas dit qu'on les comprenne ni qu'on arrive toujours à suivre leurs actes, qu'on ne se dise pas à certains moments: "il y va pas un peu fort là?", mais ça fonctionne, indéniablement, et c'est ébahis que nous assistons au feu d'artifice, impressionnés comme des enfants. Monsieur Toltz merci, pour un premier coup...
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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