Babe Ruth, célèbre star du baseball, joue pour les Sox entre deux cuites.
Luther, Noir sans histoires, ramasse les gains des loteries clandestines après sa journée de courbettes à des Blancs hypocrites.
Danny, flic idéaliste, infiltre des syndicats pour le compte d'une police à la solde du pouvoir et des intérêts personnels.
Boston, fin de la Grande Guerre.
Alors que les soldats reviennent d'Europe, ils ramènent avec eux une grippe espagnole qui n'épargne personne. Personne, sauf Danny qui a survécu à bien pire, Danny le justicier qui accepte la
besogne que les plus sensés fuient.
Personne, sauf Luther qui se retrouve bien malgré lui à pointer un flingue sur des moribonds pour leur soutirer leurs maigres richesses.
Personne, sauf Babe, ce gamin jouflu qui ne pense qu'à frapper la balle, à faire se rencontrer le bois et le cuir alors que la foule l'ovationne.
Des destins individuels aux prises avec leur temps, écartelés entre ce qu'on attend d'eux et leurs idéaux, dans un monde en déliquescence où les luttes de pouvoir côtoient le racisme, le
terrorisme, la misère... Dans une Amérique frappée par l'inflation, la montée des tensions révèle les ambitions les plus viles et les désirs les plus tenaces: le peuple s'organise en syndicats, les
Noirs veulent faire valoir leurs droits, les plus révoltés posent des bombes au nom d'une doctrine communiste qui attise les peurs.
Dennis Lehane prend le pari d'un roman sur l'Histoire, celle d'une Amérique moderne qui se cherche. Il nous y entraîne avec talent, fait de nous les spectateurs ahuris de cette fresque qui
n'épargne personne. Au détour d'un dialogue, on se prend à penser qu'on voudrait se l'entendre dire au cinéma, sur grand écran, tant les répliques sont percutantes et les personnages entiers.
Voilà, on y est, c'est tout. Un roman éminemment noir, social, total, une réussite.