Lundi 17 novembre 2008
Le danger s'était éloigné. Pippo ? L'enfant ne répondit pas. Matteo se sentit pâlir d'un coup. Il se mit à genoux. Sa chemise était baignée de sang. Pippo ? L'air lui manqua. Son fils ne bougeait pas, restait face contre terre, inerte. Pippo ? Il cria. Il ne savait pas que faire. Il cria. Parce qu'il ne savait pas comment empêcher ce sang qu'il aimait de continuer à se répandre sur le trottoir.

Alors qu'il tire son enfant de six ans par le bras pour l'accompagner à l'école, ce dernier est victime d'une balle perdue lors d'une fusillade dans les rues de Naples. Hagard, Matteo ne pense plus qu'à errer sans but dans son taxi sans même prendre un client. Sa femme se refuse à cette fatalité et revendique le droit de manifester sa douleur, de la crier à  la face du monde dans toute son indécence. Giuliana demande alors à son mari l'impossible:
Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l'a tué. Échouant dans cette quête, Matteo se met en tête de trouver l'entrée des enfers pour y récupérer son enfant. Si l'on arrive à passer outre la série d'épreuves indianajonesques (!) auxquelles il doit faire face et à voir dans ces enfers des figures dignes de Bosch ou de Munch, en regrettant toutefois de ne pas laisser part à notre imagination pour combler le fantasme de l'absence, on peut s'accorder à dire que Gaudé excelle dans le tragique. Parce qu'il a raison, ceux qui nous quittent emportent avec eux une part de nous mêmes.

Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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