... Quand on décide d'empoigner par les cheveux la tête d'un cadavre, de la brandir devant soi comme une lanterne, tel Diogène qui cherche un homme? Quand la
réalité, jusque-là cette surface lisse sur laquelle on glissait, commence à vous parvenir par vagues, tantôt insupportablement présente et soudain réduite à néant?"
La Confrérie des mutilés, Brian Evenson
Kline a suffisamment été éprouvé. Héros malgré lui, ce détective a été victime du "gentleman au hachoir" qui l'a privé de sa main. Sang froid oblige, Kline cautérise lui même la plaie en
l'appliquant sur une plaque chauffante avant même de tirer une balle dans l'oeil de son agresseur. Il aurait aspiré à une tranquillité dépressive, mais c'était sans compter sur Ramse et Gous qui le
harcèlent de coups de fil, se présentant comme la chance frappant à sa porte. Officiellement, ils tirent Kline de son quotidien pour qu'il mène une mystérieuse enquête au sein de la non moins
bizarre "confrérie des mutilés". Officieusement...
Il paiera sa curiosité de sa chair, errant halluciné à la recherche de réponses, Christ vengeur à l'épreuve des balles, victime érigée en idole, mais quand cesse-t-on d'être victime?
Âmes sensibles s'abstenir. Pourtant, la violence est si évidente qu'elle en est banale, grotesque, interrogeant par là même les limites à ce qui fait de nous des hommes. Rien de gratuit, chacun est
prêt à tout pour des convictions différentes, quête de la vérité ou foi aveugle en une secte menacée de schisme où l'on gagne en galons et en pureté au fil des membres dont on s'ampute. Evenson
signe d'un style sobre un ouvrage qui ne laisse pas insensible, au-delà de la folie raisonnée des personnages, du désir de vengeance... autant de mobiles qui font froid dans le dos tant ils sont
plausibles.
Par Mlle Georges
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Publié dans : chroniques livresques
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