"On ne perd pas un père, encore moins un père qui était, ou qui s'était, lui-même perdu. C'est de son vivant, peut-être, qu'on l'avait perdu, qu'on ne savait plus qui il était,
où il était. A présent qu'il est mort, on réunit ce qu'il a laissé, miettes et cailloux semés dans les forêts de son angoisse, trésors et épaves, on construit le vide, on sculpte l'absence, on
cherche une forme pour ce qui, en nous, demeure de lui, et qui a toujours été la tentation de l'informe, la menace du chaos, on cherche des mots pour ce qui, toujours, a été en nous la part
secrète, la part muette, un corps de mots pour celui qui n'a pas de tombe, un château de présence pour protéger son absence."
Sous forme d'abécédaire, d'Antonin Artaud à Zelig, Gwenaëlle Aubry ordonne le chaos et rassemble les fragments épars de la folie de son défunt père. Intégrant subtilement à son texte des extraits
d'un manuscrit "à romancer" laissés par l'absent, elle raconte cette vie à la marge qui la condamne à faire le deuil de la rassurante réalité normalement couverte par le mot-même de père, là où le
sien s'est simplement "échappé de lui même", revendiquant "le droit [...] de ne plus être quelqu'un".
Il ne s'agit pas de comprendre, de conseiller... juste la beauté de l'écriture comblant le vide de cette étrange relation.
Personne, Gwenaëlle AUBRY, Ed. Mercure de France, sept.
2009.
Par Mlle Georges
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Michael, quinze ans, adolescent souffreteux, rencontre par hasard une femme de trente-cinq ans qui éveille en lui un indéniable désir et dont il devient rapidement
l'amant. Au fil de leurs rencontres se met en place un rituel: ils font l'amour et il lui fait la lecture, jusqu'au jour où Hanna disparaît laissant derrière elle un vif sentiment de culpabilité.
Michael sera amené à la revoir, en toutes autres circonstances et des années plus tard, et il découvrira dès lors le secret que cette femme aura passé toute une vie à dissimuler.
Hanna nous donne un sentiment désordonné, et quels que soient les actes qu'elle ait pu commettre, on ne parvient pas à la juger. Beusogneuse et rigoureuse, elle semble n'être qu'une fourmi
accomplissant au mieux la tâche qui lui a été confiée. Conscience collective, responsabilité, anesthésie face à des événements qui nous paraissent toujours plus normaux, autant de thèmes que ce
brillant roman soulève avec délicatesse.
Le cinéma a parfois ceci de bien de nous donner une seconde chance face à des livres qui en valent réellement la peine et à côté desquels nous serions passés. Espérons donc que The Reader
est à la hauteur de l'ouvrage de Bernhard Schlink.
Le Liseur, Bernard SCHLINK, "Folio", Gallimard, février
2009
pour la présente édition
Par Mlle Georges
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Le dernier de la riche lignée Weynfeld est ce célibataire entre deux âges aux costumes sur
mesure, expert en tableaux, classe incarnée, un rien vieux jeu: Adrian. Chacun lui doit quelque chose, mais aucun ne doit se sentir redevable: il se gardera bien de le faire remarquer, s'éclipsant
avant la fin de ses dîners du jeudi avec ses amis les plus jeunes pour payer la note en toute discrétion, finançant les ambitions des uns et les folies des autres.
"La conscience d'être quelque chose de particulier s'était tellement incrustée dans la chair et le sang d'Adrian qu'il tentait de dissiper d'emblée, par une courtoisie exagérée, tout soupçon
d'arrogance."
Un tel personnage devait trouver un écrin glacé à sa mesure: immeuble ultra sécurisé, appartement revisité par un architecte et briqué d'une main ferme par une gouvernante qui veille dans l'ombre
au moindre besoin de cet handicapé du quotidien difficilement capable de cuisiner plus qu'un toast grillé et d'actionner le répondeur téléphonique.
Entre la belle et suicidaire Lorena, toujours en quête de quelques billets pour encourager ses envies de luxe, et le vrai faux Vallotton qu'un vieil ami veut lui faire mettre aux enchères, ce sont
nues devant la salamandre que ces femmes vont froisser l'amidon de ses rassurantes habitudes.
Le lecteur ne reste pas insensible aux charmes de cette incursion dans un monde lisse, mené en douceur par le guide Adrian, dernier bastion d'intégrité dans un monde d'escrocs
manipulateurs?
Le dernier des Weynfeld, Martin Suter, Seuil, "Points", mai
2009.
Nu devant la salamandre,
Vallotton
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