Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation.
Ernest Hemingway
Samedi 15 novembre 2008
Entendons-nous, il est mort le pauvre homme, on commence à le savoir. Mais Véronique Fourcade, journaliste de son état, est venue signer aujourd'hui son dernier opus. Ça tombe bien, le 11 novembre aidant, on se sent coupable en ces temps de commémorations collectives. Parce qu'on ne se pose jamais assez la question, faut-il garder tous les jours fériés et les victoires, les discriminations et autres tragédies affiliées? Le dernier poilu est mort, est-il bien utile de continuer à célébrer le 11 novembre? Comme  nous le fait remarquer non sans humour un journaliste de RMC (si vos hommes sont coutumiers de cette radio, je vous autorise à me donner le nom du journaliste en question car avec toute la mauvaise foi dont je suis capable je n'écoutais que d'une oreille distraite). Donc, comme il nous le fait remarquer, on célèbre bien le 14 juillet et ça fait pourtant bien longtemps qu'on n'a pas croisé un sans culotte en allant chercher sa baguette le dimanche matin! 

On pourrait tout aussi bien se réjouir de l'abolition de l'esclavage (comment ça on y a déjà pensé?) mais, avouons-le, on serait bien content d'avoir un petit nègre pour tondre notre pelouse (comment ça on y a déjà pensé?). Trêve de plaisanterie, la fête du travail deviendra sans doute bientôt un jour férié comme un dimanche, payé double avec le choix de venir travailler ou non (il faudrait que j'en touche 2 mots à mon patron de ça d'ailleurs...), et qui peut se vanter de participer au défilé de l'armistice pour occuper tout ce temps dont on ne sait que faire? Parce qu'un jour férié c'est sûr c'est triste: on pourrait enchaîner les siestes crapuleuses jusqu'à l'épuisement ou faire boire papi jusqu'à plus soif en compagnie de la joyeuse équipe de cousins autour du pot-au-feu de tatie Simone, mais voilà, on est trop occupés à culpabiliser de ne pas avoir participé à la grande guerre et, de toutes façons, papi est mort aussi. Alors on se met à envier tous ces chanceux employés travaillant dans les bonnes boutiques des Champs Elysées, celles qui accueillent les touristes ravis de dépenser leur argent en achats indispensables dans notre bonne vieille capitale.

Allez, n'hésitez pas à passer me voir dimanche en 15 parce que tant qu'à être ouverts un dimanche (cela voudrait-il dire que la culture est indispensable? Ah le doux fantasme...) autant qu'il y ait des gens qui fréquentent le lieu. Et ça au risque de me faire insulter par une horde de syndicalistes gauchisants aguerris!


Par Mlle Georges - Publié dans : un peu d'humour que diable!
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Vendredi 31 octobre 2008
...enfin, Kellas en tout cas. Reporter de guerre couvrant le conflit à Kaboul pour un journal anglais, il est aux prises entre le roman qu'il écrit, l'abandon de sa conscience d'écrivain, sa relation avec son meilleur ami de poète, son anti-américanisme latent, sa définition du conflit et de la responsabilité de chacun, et... Astrid cette charmante reporter américaine rencontrée sur le terrain dont il ne sait finalement pas grand chose.

On peut regretter que la quatrième de couverture nous dévoile autant l'ouvrage, alors abstenez-vous sous peine de n'apprécier le livre qu'à la page 188! (n'est-ce d'ailleurs pas au final la partie la plus intéressante?...) Le va-et-vient entre le présent de la narration et les causes de ses actes n'est pas toujours agréable à suivre au départ mais, in fine, James Meek nous sert une vaine poursuite intéressante, une prise en compte des individualités dans des conflits qui nous dépassent, un questionnement mais aussi une belle aventure. Enfin belle...
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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Mercredi 22 octobre 2008
... Quand on décide d'empoigner par les cheveux la tête d'un cadavre, de la brandir devant soi comme une lanterne, tel Diogène qui cherche un homme? Quand la réalité, jusque-là cette surface lisse sur laquelle on glissait, commence à vous parvenir par vagues, tantôt insupportablement présente et soudain réduite à néant?"

La Confrérie des mutilés, Brian Evenson

Kline a suffisamment été éprouvé. Héros malgré lui, ce détective a été victime du "gentleman au hachoir" qui l'a privé de sa main. Sang froid oblige, Kline cautérise lui même la plaie en l'appliquant sur une plaque chauffante avant même de tirer une balle dans l'oeil de son agresseur. Il aurait aspiré à une tranquillité dépressive, mais c'était sans compter sur Ramse et Gous qui le harcèlent de coups de fil, se présentant comme la chance frappant à sa porte. Officiellement, ils tirent Kline de son quotidien pour qu'il mène une mystérieuse enquête au sein de la non moins bizarre "confrérie des mutilés". Officieusement...

Il paiera sa curiosité de sa chair, errant halluciné à la recherche de réponses, Christ vengeur à l'épreuve des balles, victime érigée en idole, mais quand cesse-t-on d'être victime?

Âmes sensibles s'abstenir. Pourtant, la violence est si évidente qu'elle en est banale, grotesque, interrogeant par là même les limites à ce qui fait de nous des hommes. Rien de gratuit, chacun est prêt à tout pour des convictions différentes, quête de la vérité ou foi aveugle en une secte menacée de schisme où l'on gagne en galons et en pureté au fil des membres dont on s'ampute. Evenson signe d'un style sobre un ouvrage qui ne laisse pas insensible, au-delà de la folie raisonnée des personnages, du désir de vengeance... autant de mobiles qui font froid dans le dos tant ils sont plausibles.


Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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Lundi 6 octobre 2008


Mon nom est Soledad.
Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles.
Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans le sang.
Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.
Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l'écoulement sableux qui me traverse.
LA TRAVERSEE
Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.


Le Coeur cousu, Carole Martinez

Soledad, son nom même présage de son destin. Etrange fratrie que celle de la famille Carasco où les femmes se transmettent ce savoir millénaire, où les prières répétées à l'âge où l'on devient femme lors d'une semaine sainte qui vous change à jamais se transmettent en même temps qu'un coffre recélant leur don le plus précieux... Le plus précieux? Ce cadeau sacré n'est-il autre chose qu'une malédiction? N'accomplissent-elles pas ce qui est attendu d'elles, ce que cette vie contée qu'elles se sont appropriée laissait présager et avait d'ores et déjà annoncé? Et ce qui est écrit c'est le destin de cette vieille folle, de cette femme au mystérieux don, jouée et perdue par son mari dans un combat de coqs, cette dolorosa qui erre sans autre but que marcher, les pieds ensanglantés de poussière et le coeur fourbu de désillusions.

Un roman éminament féminin. Non pas féminin au sens de sentimental ou de mièvre comme un mauvais téléfilm que l'on aurait honte d'avoir regardé. Non, féminin comme on peut se laisser envoûter par un conte lointain, tout droit d'un autre temps, mais y trouver encore l'éclat qui vous émeut, la fatalité qui vous ronge, le désir vissé aux entrailles, la rage transpirant et la vie collée à la peau comme un fardeau indéfectible, comme une angoisse généalogique que la meilleure des volontés ne parviendrait pas à déjouer. Comme cette vie qui se donne et qui exclue les hommes de la délivrance.

Car malgré les croyances, la magie, les robes, les visions, les ogres, les pouvoirs et les luttes, ce récit n'a rien d'un conte insipide et éculé, il raconte l'universelle. En ces terres andalouses peuplées de craintes, de superstitions, de poussière et de révolutions, dans un temps indéfinissablement présent, Soledad témoigne de ce que le merveilleux a de plus tragique, de plus ancré à la vie.

Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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  • pourquisonneleglas
  • : Mlle Georges

Si vous passez par Biarritz...
















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