Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation.
Ernest Hemingway
Dimanche 7 décembre 2008
Le chaos calme: désordre incessant avec lequel les enfants sortent de l'école ou jouent dans la cour, ce désordre que nous ne comprenons pas et qui, pourtant, semble fonctionner, dont les membres en connaissent les codes et à l'intérieur duquel ils se meuvent avec aisance.

Le chaos: ce bouleversement inattendu de l'existence, ce cyclone d'émotions qui vous frappe brutalement à la perte d'un être cher mais que Pietro gère avec calme, avec facilité, avec culpabilité?

Voilà, le chaos ne vient pas ou plutôt, si sa femme meurt et si cela bouleverse son existence, c'est avec une certaine sérénité. La souffrance tapie en lui ou ailleurs, il l'attend, prête à bondir, à l'assommer, à les terrasser lui et sa fille. Alors, en prévision du drame, il ménage ce fil d'amour qui les relie et décide de ne plus la quitter, de s'installer en face de son école sur un banc en attendant que les journées se terminent, pour préserver un temps suspendu.
Ce chaos calme, ses proches ne le comprennent pas et c'est alors que commence le défilé de visites où ceux qui espèrent écouter sa souffrance deviennent ceux qui se libèrent des leurs: ses collègues, ses patrons, son drogué de frère, sa belle-soeur hystérique... L'anormalité de la situation ne frappe plus personne et il devient ce familier au centre d'une attention qu'il ignore.

Une comédie douce amère sur l'intime, la relation à l'autre, la responsablité. Pas une tragédie dans laquelle on se vautre avec tristesse à grands renforts de larmes, pas une morale qui nous rendrait plus forts, rien qui prétende nous aider à traverser les épreuves, mais une belle histoire, émouvante, où chacun tombe son masque, qui nous rappelle ce que nous sommes, ce que nous devons être, ce qui fait partie de la vie.



Chaos Calme, c'est aussi un film avec Nanni Moretti sur les écrans depuis le 10 décembre...

Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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Lundi 17 novembre 2008
Le danger s'était éloigné. Pippo ? L'enfant ne répondit pas. Matteo se sentit pâlir d'un coup. Il se mit à genoux. Sa chemise était baignée de sang. Pippo ? L'air lui manqua. Son fils ne bougeait pas, restait face contre terre, inerte. Pippo ? Il cria. Il ne savait pas que faire. Il cria. Parce qu'il ne savait pas comment empêcher ce sang qu'il aimait de continuer à se répandre sur le trottoir.

Alors qu'il tire son enfant de six ans par le bras pour l'accompagner à l'école, ce dernier est victime d'une balle perdue lors d'une fusillade dans les rues de Naples. Hagard, Matteo ne pense plus qu'à errer sans but dans son taxi sans même prendre un client. Sa femme se refuse à cette fatalité et revendique le droit de manifester sa douleur, de la crier à  la face du monde dans toute son indécence. Giuliana demande alors à son mari l'impossible:
Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l'a tué. Échouant dans cette quête, Matteo se met en tête de trouver l'entrée des enfers pour y récupérer son enfant. Si l'on arrive à passer outre la série d'épreuves indianajonesques (!) auxquelles il doit faire face et à voir dans ces enfers des figures dignes de Bosch ou de Munch, en regrettant toutefois de ne pas laisser part à notre imagination pour combler le fantasme de l'absence, on peut s'accorder à dire que Gaudé excelle dans le tragique. Parce qu'il a raison, ceux qui nous quittent emportent avec eux une part de nous mêmes.

Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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Lundi 17 novembre 2008
Emil Zatopek. Un jeune tchèque apprenti à l'usine et qui a horreur du sport. Sauf que quand il n'a pas le choix, quand l'occupant nazi organise un cross-country, Emil, en garçon consciencieux, y participe et s'en sort honorablement. Jusqu'aux premières victoires locales, jusqu'aux premiers championnats du monde en 46 à Oslo, jusqu'à la médaille d'or pour les 10 000 mètres aux jeux olympiques de Londres en 48, jusqu'à devenir une icône nationale, un phénomène international, jusqu'à la triple médaille d'or à Helsinki. Instrument de propagande du Parti et voix d'une insurrection qui lui coûtera cher tout à la fois, Zatopek reste cette légende au corps dégingandé et au masque de souffrance qui court en dépit du bon sens et gagne, gagne, gagne...
Un joli roman, agréable, dont on ne désire qu'une chose en le fermant: mieux connaître ce drôle de bonhomme, cette "locomotive", et revoir des images d'archive!...



Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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Dimanche 16 novembre 2008
Couverture racoleuse pour titre non moins suspect. Dommage. On se demande un peu quand on l'ouvre: Sherry Seymour, professeur dans le département d'anglais d'une petite université du Middle West, troublée par un mot laissé dans son casier par un admirateur secret le jour de la Saint-Valentin. On tient du lourd là: n'aura-t-on pas un peu honte d'avoir lu ça quand même?

Et bien non, Sherry Seymour c'est la quadragénaire ordinaire, qui entretient son corps et sa maison vide désertée par un fils parti faire ses études, qui trouve sa vie un peu insipide somme toute, qui redoute l'obsolescence programmée de sa personne. Pimentée de ce mot alimentant jusqu'aux fantasmes de son mari, Sherry (Chérie?) redécouvre ses désirs et ce corps qui n'avait autant joui depuis longtemps, ses pensées de midinette, le coeur battant, les mains moites. Dès le départ la situation lui échappe mais quand dégénère-t-elle réellement? Tout sauf un livre lisse. Un vol en éclat de ce qu'on s'efforce de policer. La vie quoi!
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
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