Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation.
Ernest Hemingway
Lundi 16 février 2009
A Icamole, alors que les villageois prient pour le retour de la pluie, Lucio le bibliothécaire lit sans concessions les ouvrages envoyés par le gouvernement, jetant aux cafards avec rage tous ceux qu'il n'estime même pas dignes de brûler, car le feu « confère à un livre prétentieux l'utilité de produire de la chaleur, la gloire de devenir lumière. » (p.47)

Dans ce village du Mexique qui aurait plus besoin d'eau et de médicaments que de livres, Lucio, bien que suspendu de ses fonctions faute de lecteurs, trouve les réponses au réel dans le présent perpétuel des romans. Alors quand son fils Remigio remonte de son puits le cadavre d'une exquise fillette, c'est tout naturellement qu'il lui présente la solution dans la lecture du Pommier.

Dans ce village déserté par les eaux, Lucio étanche sa soif et ses désirs dans la littérature et nous invite à explorer les frontières entre vie et fiction, la où leur perméabilité brouille les évidences, là où les coïncidences n'en sont peut-être pas, là où la vie n'est pas toujours digne d'entrer dans la fiction et où la fiction reproduit bien maladroitement la vie.

Dans la profusion d'ouvrages que ne manquera pas de nous faire découvrir le Mexique au Salon du livre, ménagez-vous donc une place pour ces 215 pages, avant de les faire partager... ou de les offrir en pâture à la vermine! Libre à vous.
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 29 janvier 2009
Babe Ruth, célèbre star du baseball, joue pour les Sox entre deux cuites.
Luther, Noir sans histoires, ramasse les gains des loteries clandestines après sa journée de courbettes à des Blancs hypocrites.
Danny, flic idéaliste, infiltre des syndicats pour le compte d'une police à la solde du pouvoir et des intérêts personnels.

Boston, fin de la Grande Guerre.
Alors que les soldats reviennent d'Europe, ils ramènent avec eux une grippe espagnole qui n'épargne personne. Personne, sauf Danny qui a survécu à bien pire, Danny le justicier qui accepte la besogne que les plus sensés fuient.
Personne, sauf Luther qui se retrouve bien malgré lui à pointer un flingue sur des moribonds pour leur soutirer leurs maigres richesses.
Personne, sauf Babe, ce gamin jouflu qui ne pense qu'à frapper la balle, à faire se rencontrer le bois et le cuir alors que la foule l'ovationne.

Des destins individuels aux prises avec leur temps, écartelés entre ce qu'on attend d'eux et leurs idéaux, dans un monde en déliquescence où les luttes de pouvoir côtoient le racisme, le terrorisme, la misère... Dans une Amérique frappée par l'inflation, la montée des tensions révèle les ambitions les plus viles et les désirs les plus tenaces: le peuple s'organise en syndicats, les Noirs veulent faire valoir leurs droits, les plus révoltés posent des bombes au nom d'une doctrine communiste qui attise les peurs.

Dennis Lehane prend le pari d'un roman sur l'Histoire, celle d'une Amérique moderne qui se cherche. Il nous y entraîne avec talent, fait de nous les spectateurs ahuris de cette fresque qui n'épargne personne. Au détour d'un dialogue, on se prend à penser qu'on voudrait se l'entendre dire au cinéma, sur grand écran, tant les répliques sont percutantes et les personnages entiers. Voilà, on y est, c'est tout. Un roman éminemment noir, social, total, une réussite.
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 23 janvier 2009
Dépucelage accompli. Sans doute en proie aux affres du doute et de la crainte du traumatisme, je dois dire que la SF était pour moi un domaine inconnu: à peine de quoi faire illusion devant le client du dimanche, et encore, ne me demandez pas de faire un résumé! Alors il fallait ça, un entremetteur bienveillant qui me fasse le formidable cadeau d'une éblouissante lecture, et quoi de plus précieux que ces moments de délice...

Sur les bords du lac Léman, par une soirée orageuse de juin 1816, un étrange équipage mouille aux abords de la villa Diodati. Percy et Mary Shelley, Claire Clairmont, Lord Byron et son secrétaire vont vivre des événements non moins étranges révélant les origines d'une paternité "toujours entachée de doute". Car celui qui se réclame d'une oeuvre n'est pas toujours celui qui l'enfante. Une genèse en somme, celle du Frankenstein de Mary Shelley, mais surtout celle du moins connu The Vampyre de Polidori. Ce dernier, jaloux, complexé et haineux, dévalorisé par ses comparses, entend bien les éblouir de sa plume à l'occasion d'un défi littéraire lancé par son maître: composer un récit fantastique inspiré de Coleridge.
Fantasmant son chef d'oeuvre, Polidori, piètre écrivain, est prêt à tout pour l'obtenir. Que lui en coûtera-t-il et qui est cette Annette Legrand qui signe ces lettres scellées de noir qu'elle lui dépose dans sa chambre?

Un ouvrage qui se dévore, au sens littéral du terme, empreint de sexe et de monstruosité, aux sources de la création littéraire, révélant les plus basses vanités et les besoins les plus fondamentaux dont se nourrissent les existences.

Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 14 décembre 2008
Paasilinna nous entraîne à nouveau dans une histoire loufoque. Oskari Huuskonen, tout pasteur qu'il est, n'en demeure pas moins un homme dans une situation délicate. Ses ouailles ont eu la formidable idée de lui offrir un ourson devenu orphelin dans une scène d'un délicieux cocasse, ourson nommé Belzeb (!) et auquel il va s'attacher comme à un chien fidèle. Déclencheur d'une situation qui couvait déjà, car Huuskonen, la foi vacillante et le verbe haut, est déjà un homme de Dieu atypique dont l'attitude explique sans doute sa présence dans un trou perdu de Finlande.
Huuskonen noie les ennuis dans la pratique du javelot ascensionnel, la construction d'une tanière pour Belzeb qui deviendra d'ailleurs son deuxième foyer, la relation pas très catholique avec une jeune biologiste, l'alcool bien sûr. Il n'en faut pas plus pour déplaire à sa femme et à l'évêque. Alors quand on a rien à perdre pourquoi ne pas embarquer sur un bateau pour une épopée ubuesque!
Outre la vision critique d'une Eglise hypocrite et d'une société toute en conventions, c'est un régal d'humour à prendre au 23ème degré si l'on ne veut pas se sentir sombrer dans l'absurde et le ridicule, si l'on veut continuer à croire à cet ours domestique et aux tribulations de son maître.

Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

  • pourquisonneleglas
  • : Mlle Georges

Si vous passez par Biarritz...
















Intermède musical

Dingwash

Recherche

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés