Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation.
Ernest Hemingway
Vendredi 9 octobre 2009
Hajime a douze ans lorsqu'il fait la connaissance de Shimamoto-San: deux enfants uniques, ils se comprennent, se ressemblent et, surtout, passent des heures à écouter Nat King Cole et Bing Crosby. Deux âmes soeurs, dispensées de tout désir, que les plaisirs du corps n'ont pas encore cueillies.
Puis la vie sépare les êtres en formation. Une pensée pour l'autre toujours, l'espoir d'avoir reconnu dans la foule le gracieux boitillement de la fillette, mais d'autres expériences et la sensation d'un gouffre que seul les livres et la musique parviennent à combler. Alors, parce qu'il faut bien devenir adulte, Hajime se construit un bonheur tranquille et possible; possible?
Un roman non dénué de mystère, sensible et sensuel, où les corps, initiatiques, se tendent et se découvrent, s'observent, se respectent, se désirent, se font l'amour à s'en faire éclater le crâne, s'enfantent et se délaissent.
Au sud de la frontière et à l'ouest du soleil se trouve un lieu rêvé qui nous obsède. Il ne reste qu'une alternative: la déception de la visite ou la folie de cette ligne d'horizon.

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Haruki MURAKAMI, 10/18, fév. 2003.


Pretend you're happy when you're blue,
It isn't very hard to do...
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 5 octobre 2009
Ça y est! J'ai apprivoisé le monstre, LE livre, celui dont ma collègue me parle à peu près dix-huit fois par jour, celui que l'on abhorre ou que l'on sanctifie. Il fallait que je sache, pourquoi ces sourires entendus autour d'une casquette à oreilles verte?

Tout comme l'éditeur le dévoile en préface, voilà où j'en étais rendue: "je continuais à lire, encore et encore. Au début avec le sentiment déprimant que ce n'était pas assez mauvais pour en rester là. Ensuite, avec un vague titillement d'intérêt. Puis, avec une excitation grandissante. Et, finalement, avec une sorte d'incrédulité: il n'était pas possible que ce soit aussi bon."
Et c'est là toute la force du livre: on hésite. Ignatius, cet obèse asexué, dégueulasse, flatulent, hypocondriaque, misanthrope, imbu de lui-même et sauveur d'humanité, dont l'intelligence hors-normes n'a d'égale que son étroitesse d'esprit et son inadéquation au réel, vous donne de l'urticaire. Trop pour un seul homme, pitié, achevez-le! Héros picaresque dont la psychologie transforme la tâche la plus normale en pièce de théâtre, en scène anthologique, en bêtise sans fond: avec lui marcher dans la rue devient une aventure, gagner un dollar en travaillant sous-tend l'apocalypse. Elle a raison sa "manman", il n'aurait jamais dû sortir de sa chambre.  Mais voilà, le temps de s'en rendre compte, de crises d'urticaire en crises de rire, c'est un festival de personnages, reliés habilement les uns aux autres. 

La Nouvelle-Orléans, un bouge infâme où la patronne rend service aux orphelins bien à sa façon, où la blonde éthérée prépare un numéro d'effeuillage avec un perroquet, où le videur-balayeur Noir et sous-payé veut saborder l'endroit. Si l'on y ajoute la mère au bord de la crise de nerfs qui n'est pas contre un gorgeon de temps en temps et pas contre une partie de "bouligne" pour soulager ses douleurs, le vieux qui a peur des "communisses" parce qu'ils sont partout, le flic qui erre dans les rues pour appréhender un suspect, quel qu'il soit, le patron en éternel malentendu avec son épouse accroc à sa planche à exercices, la copine qui veut sauver le monde à grands renforts de politique et de sexe, et Ignatius, branleur compulsif, qui cherche à soulever les foules pour lui clouer le bec, on a un savoureux tableau de petites gens en prise avec leur quotidien.
C'est une joyeuse faune, haute en couleur, carnavalesque, mais, comme un clown triste qui se serait invité à la fête, entre deux rires, entre deux indignations, un soupçon de mélancolie.

Brûlez-le ou relisez-le, mais tendez la main vers ce livre loufoque. Essayez-le au moins, il vous ira peut-être!

La Conjuration des imbéciles, John Kennedy TOOLE, 10-18, fév. 1989.
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 29 septembre 2009
Alexandre Jardin, "le ravi de la crèche de la scène littéraire française".

Eric Nolleau, On n'est pas couché, émission du 26/09/09
Par Mlle Georges - Publié dans : un peu d'humour que diable!
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 28 septembre 2009
Les insomnies ont ceci de bon qu'elles vous dégagent du temps pour la lecture. Avec un peu de chance on replonge dans un sommeil réparateur et le livre n'a pas besoin d'être bon: demande-t-on à un somnifère d'avoir bon goût? (tiens, ça me rappelle une publicité pour un médoc). Au pire on est happé et, seul, sans bruit (à moins que votre conjoint ne ronfle, mais, vous aussi, vous n'y mettez vraiment pas du vôtre!), donc, sans bruit, on est le privilégié d'un texte rare dont on peut se délecter pour soi-même, en égoïste, faisant rouler les mots encore et encore et, au matin, cerné et enfiévré, on pourra décider d'aller répandre la bonne nouvelle, ou pas. Ça nous fait un bon alibi pour notre tête-froissée-limite-présentable-au-travail (encore que, le client carte postale se fiche bien de savoir à quoi vous ressemblez du moment que vous avez l'enveloppe qui va avec...): on ne pourra pas nous accuser de manque professionnalisme!

Insomnie disai-je... que faire quand vous ne vous rendormez pas sur un mauvais livre? Attention, c'est une première, je m'étais juré de parler exclusivement de mes lectures coup de coeur, et encore pas toutes, plus par paresse que par réelle conviction, j'entends. Mais là, ce sont les vacances, il est 8h30, je devrais être vautrée dans mon lit, donc officiellement ce n'est pas du temps perdu.

Chronique d'une mort annoncée, Les Identités remarquables aurait les ingrédients d'un livre agréable. Trentenaire désabusé, Louis est enseignant dans un lycée de Bayonne. Le livre l'interpelle, le désignant comme protagoniste de cette mort orchestrée. Dans sa vie, il y a Caroline, la blonde marchande de jouets, et Laroque, le prof de philo, passionné de littérature, charismatique et méprisant. Ce trio sympathique, les deux potes et leur égérie, traîne son amitié dans les cafés en bord d'Adour. En négatif, Olivier et sa soeur, aussi terriens que les trois autres sont spirituels, ruminent une vengeance familiale vieille de vingt ans. Accroché à l'instant et ignorant les desseins qui l'attendent, Louis vit ,insouciant, son dernier jour, inutile, égoïste et léger. Et c'est là que pourrait être toute la profondeur du livre: ces instants qui mis bout à bout ne sont que du vide, du temps qui s'écoule sans que nous ayions mesuré notre chance, le paradoxe entre la futilité du jour et la brutalité de la fin.
Mais non, le roman perd vite de la profondeur annoncée et gagne en ennui. Dans le désordre et sans talent (là aussi l'insomnie tient lieu d'excellent alibi):
 - les personnages y sont largement décrits, il semble qu'il les étoffe dans le seul but de les doter d'une personnalité, mais leur histoire ne sert que peu le texte au final;
 - la soeur d'Olivier est ridiculement baptisée "Mademoiselle Mystère", on dirait le portrait brouillé d'une star dont il faudrait deviner le nom pour gagner de l'argent dans Télé 7 jours;
 - à force de sur-ligner le temps qui passe Sébastien Lapaque nous enlève la saveur d'en tirer des leçons nous-mêmes;
 - l'écriture est bien peu subtile : "le mitan des années 70 " est convoqué un certain nombre de fois (non, je n'irai pas rouvrir le livre pour compter!); "Mais comment sentir, dans l'instant, que c'était la dernière fois qu'il te voyait? Il eût fallu posséder ce don de divination dont jouissent certains oiseaux qui savent s'envoler avant l'orage ou l'incendie." ...

Il faut reconnaître au livre le mérite d'un certain suspense qui vous pousse malgré tout vers la fin, mais alors la chute: le summum de la morale facile... un vrai conte pour enfants!

Je n'ai pas les moyens de faire du snobisme intellectuel et je peux accepter de me laisser embarquer par un pur divertissement. C'est comme au cinéma, finalement si ça fonctionne sur le moment, c'est que le film est bon quelque part. Mais là non, désolée, trop sérieux pour un divertissement et trop maladroit pour le reste... Force est de constater que n'est pas Garcia Marquez qui veut.

Voyons le bon côté des choses, il ne m'aura volé qu'un peu de sommeil et, là encore, ce n'est pas vraiment du temps perdu!

Les Identités remarquables, Sébastien LAPAQUE, Actes Sud, août 2009.



Et, en plus, entre nous, elle ne vous donne pas envie de vomir cette couverture?...
Par Mlle Georges - Publié dans : chroniques livresques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

  • pourquisonneleglas
  • : Mlle Georges

Si vous passez par Biarritz...
















Intermède musical

Dingwash

Recherche

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés