Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n'y a pas de signalisation.
Ernest Hemingway
Mercredi 3 septembre 2008
on sait ce que c'est, on y était! Et chaque année voilà que nos journalistes préférés nous rappellent que l'école est obligatoire et que, de fait, des bataillons de petits Français reprennent docilement le chemin des classes. On en profite pour nous rappeler que non, il n'y a pas suffisamment d'enseignants, et que oui, tout va bien, le petit Mathieu qui entre en TPS ( très petite section, pour les non-initiés ) n'a même pas versé une larme, et que sa maman a été la bienheureuse bénéficiaire de la fameuse allocation qui lui a permis de lui acheter son indispensable cartable Bob l'éponge; ouf, goûter et doudou ne finiront pas dans un lamentable sac plastique, nous voilà rassurés. Dommage, on ne connaît pas le petit Mathieu, mais l'information était de la plus haute importance et valait bien un 20 heures il est vrai.

Parce que des fois qu'on vive dans une contrée reculée, seul, sans famille et sans copains vous faisant partager leur enthousiasme quant à l'achat du t-shirt Dora pour le dernier schtroumpf et leur scepticisme quant à la compétence de l'enseignante de la classe bac-moins-15, (copains qui, au passage, n'arrivent toujours pas à s'empêcher de nous passer
au téléphone leurs enfants qui s'en foutent et qui savent à peine balbutier), oui, des fois qu'on soit tristes et célibataires, on sera sans doute ravis de savoir que la France va bien puisque ses pupilles seront instruites en masse et cela, quoi qu'il arrive. De quoi vous faire déculpabiliser de vous être trompé de bulletin aux dernières élections: rien n'a vraiment changé finalement... Pour être bien sûr, après deux-trois broutilles obligatoires sur l'ouragan Gustav qui, ô bonheur, a été rétrogadé en catégorie 3, et sur la maison de Clavier qui, ô soulagement, n'a subit aucun préjudice, on vous montrera qu'ailleurs on n'a pas cette chance et que les Anglais ont bien à s'inquiéter de leurs hordes de délinquants se pointant en cours avec un couteau. Vous voyez bien que tout va bien, chez nous on n'en est pas là ma bonne dame! Pour peaufiner le tout, on se débrouillera pour vous montrer un joli minois issu des minorités visibles (parce que non, on ne dit plus Noir ou Arabe mon bon monsieur) qui vous assurera qu'il est enchanté de suivre les cours de soutien scolaire prévus par notre noble institution, on a vraiment pensé à tout.

Et après on parle de désinformation! Ce qui se passe dans le monde? Ah bon? Ca nous intéresse?


par Mlle Georges publié dans : un peu d'humour que diable!
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Mercredi 27 août 2008
Totalement has been:
"
un épais tapis chinois rosâtre dans lequel une taupe aurait pu passer une semaine sans que son nez dépasse des poils".

R. Chandler, Le Grand sommeil
A moins que vous ne soyiez l'ami des bêtes bien sûr...
par Mlle Georges publié dans : ce sont eux qui le disent
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Mardi 26 août 2008
Tes yeux sont "noirs et vides comme des tonneaux à pluie en période de sècheresse"...
R. Chandler Le Grand sommeil

...une alternative plus classe à "ta gueule connard" ou "tu serais pas un peu blonde?"

par Mlle Georges publié dans : ce sont eux qui le disent
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Lundi 25 août 2008


"Nous appelons "rabat" l'information sur un texte qui se trouve à l'extérieur de lui-même: une note de bas de page, la couverture d'un livre, la déclaration d'un témoin fiable, etc. Sans elle, rien de ce qui s'écrit, d'une simple liste de courses jusqu'à une encyclopédie, n'a de valeur en soi. Pensez, par exemple, à un livre. Le rabat nous parle de l'auteur et du genre d'oeuvre qu'il a créée. Parfois, nous trouvons même un bref résumé du thème. Nous savons ainsi si nous allons lire un roman, un essai, un texte scientifique ou une autobiographie, et nous nous préparons à apprécier les différentes lectures. Si le rabat dit "roman", nous espérons qu'il nous distraie, mais nous ne nous attendons pas à connaître la vie de l'auteur, ce serait autre chose s'il disait "autobiographie", vous comprenez, la plupart des gens ignorent que la véritable lecture d'un livre se fait à travers le rabat. Sans lui, le texte est incompréhensible. Il peut être plus ou moins beau mais ça s'arrête là."

José Carlos SOMOZA, Daphnée disparue



"Je suis tombé amoureux d'une femme inconnue". Voilà qui pourrrait sembler anodin . Si ce n'est que Juan Cabo, célèbre romancier, amnésique à la suite d'un accident, ne connaît rien de plus de celle qu'il recherche. Etre de chair ou de papier? Est-ce là le début d'un roman qu'il projetait d'écrire ou la description d'une superbe créature qu'il aurait effectivement rencontrée?

Le lecteur résoud l'énigme au fil de l'intrigue qui se déroule, à mesure que les personnages l'écrivent et Somoza nous trompe, nous manipule pour nous mener exactement là où il veut. Et si l'écrivain n'était plus le principal protagoniste?

par Mlle Georges publié dans : chroniques livresques
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Dimanche 17 août 2008

... ou comment faire fuir le client. Jouissif!
par Mlle Georges publié dans : un peu d'humour que diable!
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Dimanche 20 juillet 2008
On nous l'avait caché lui, ou alors on n'avait pas su le débusquer. Que voilà chose faite et pour toute réparation précipitons-nous sur les deux précédents opus publiés en France: Trois fermiers s'en vont au bal et Le Temps où nous chantions. Enfin, je vous en parlerai peut-être plus tard, quand je les aurai lus!!! Le livre s'ouvre sur ceci, déjà promesse de quelque chose qui touche au plus profond de ce que nous sommes:

Nous sommes tous des fossiles en puissance qui conservons dans nos corps les vestiges grossiers de nos existences passées, traces d'un monde où les créatures vivantes filent sans guère plus de constance que les nuages, de siècle en siècle.

Loren Eiseley, L'Immense Voyage, "La déchirure"



Le bal des grues suit les pérégrinations des humains, leurs humeurs, leurs histoires, leur retour aux sources, pénible et inévitable, comme programmé génétiquement de générations en générations, en un lieu qu'on reconnaît comme sien. Il n'est pas dit qu'on revienne pour le meilleur et que la nostalgie soit porteuse de bons souvenirs, mais dans les plaines du Nebraska les hommes migrateurs se rassemblent autour de Marc, ce jeune accidenté de la route dont le cerveau atteint ne reconnaît plus la soeur penchée sur son chevet.  Entre deux potes immatures, un éminent spécialiste du cerveau, une aide-soignante dévouée et un militant écolo, tente de percer le secret du billet laissé à ses côtés le soir de l'accident:

Je ne suis Personne
mais ce soir sur la North Line
DIEU  me conduit jusqu'à toi
pour que Tu puisses Vivre
et ramener quelqu'un d'autre

Powers nous entraîne aux tréfonds de nos interrogations, touchant à l'âme humaine avec grâce dans un génie de la prose qu'on ne peut que remercier de nous avoir été donné à lire. L'ouvrage est riche, mais le talent n'est pas gage de facilité, et de la frustration d'avoir tourné la dernière page ne reste que l'amertume de nos ambitions d'écrivaillons forcés d'admettre qu'on s'est frottés à ce genre d'écrits que notre vanité aurait aimé être capable de produire.

"Même intact, le corps était un fantôme, un échafaudage assemblé par les neurones, prêt à l'emploi. Le corps constituait notre seule maison, mais encore ne s'agissait-il que d'une carte postale plus que d'un lieu véritable. Nous n'habitions pas à l'intérieur de nos muscles, de nos articulations et de nos tendons; nous habitions dans l'idée que nous nous en faisions, dans l'image et le souvenir que nous en gardions. Pas de sensation directe, mais seulement des rumeurs aux échos incertains."

Mais Mark doit-il vraiment redevenir celui qu'il a été avant?
Pour qui? Le veut-il? Le pourra-t-il?

...ou quand notre conscience et celle de nos proches prennent le relais pour retisser ce que la réalité a fracturé.

"Une fois encore, Karin abandonne Mark aux professionnels de la santé, aux correctifs chimiques qui s'écoulent goutte à goutte dans ses bras inertes. Karin dévale l'échelle de Glasgow elle aussi. Incapable de se concentrer sur rien. Son attention s'envole des heures durant. Elle comprend enfin pourquoi son frère ne la reconnaît plus. Il n'y a plus rien à reconnaître. Elle s'est rendue méconnaissable à force de contorsions. Une petite trahison après l'autre, elle a fini par ne plus savoir se situer, ni dire pour qui elle travaillait. Elle a tenu de grands discours, nié, menti, s'est voilé la face. A voulu être tout, pour tous. Elle s'est payé un défenseur de l'environnement et , dans le même temps, un promoteur immobilier. Transformation à vue, personnalité du jour. Son imagination, sa mémoire aussi, n'ont montré que trop de complaisance envers elle, quel que fût ce "elle". Prête à tout pour une petite caresse derrière les oreilles. La caresse du premier venu."

Sommes-nous jamais celui que nous donnons à voir?

""Mon cerveau, ce ramassis de parties séparées qui essaient de se convaincre les unes les autres... Des dizaines de scouts paumés dans les bois, la nuit, qui agitent leurs pauvres loupiotes. Où est mon moi?"
[...]
Le moi est un premier jet rédigé à la va-vite, une composition à plusieurs mains, qui espère tromper la vigilance d'un apprenti correcteur et se faire publier."

par Mlle Georges publié dans : chroniques livresques
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Mardi 10 juin 2008
    Deux restes de vie dans les cendres de l'Apocalypse. Deux silhouettes grises vagabondes, en quête d'un Sud dont on ne sait s'il est promesse de mieux. L'homme et le petit avancent. Le froid. La faim. Et cet  autre dont on ne peut que se méfier pour survivre. De la non-humanité se pose justement la question de rester homme, du regard de cet enfant sur son père naît la nécessité de faire partie des gentils par-delà la barbarie, des yeux de ce père sur son fils émerge l'impérieuse obligation de continuer et de ne pouvoir, malgré tout, se résoudre à l'impensable.
    Quand la violence du monde bouscule tout repère et toute moralité, l'homme peut encore trouver dans l'oeil stoïque du petit ce reste d'humanité prophétique qui fait que si l'on n'y prend pas garde on perdra tout. Même si le Mal né du chaos nie toute valeur dans l'absolu du dénuement, l'autre n'est sans doute qu'un être apeuré sur la défensive, comme nous... Ou pas.

"Le noir dans lequel il se réveillait ces nuits-là était aveugle et impénétrable. Un noir à se crever le tympan à force d'écouter. Il était souvent obligé de se lever. Pas d'autre bruit que le vent dans les arbres dépouillés et noircis. Il se levait et titubait dans cette froide obscurité autiste, les bras tendus devant lui pour trouver son équilibre tandis que les mécanismes vestibulaires faisaient leurs calculs dans son crâne. Une vieille histoire. Trouver la station verticale. Aucune chute qui ne soit précédée d'une inclinaison. Il entrait à grandes enjambées dans le néant, comptant les pas pour être sûr de pouvoir revenir. Yeux fermés, bras godillant. Verticale par rapport à quoi? Une chose sans nom dans la nuit, filon ou matrice. Dont ils étaient lui et les étoiles un satellite commun. Comme le grand pendule dans sa rotonde transcrivant tout au long du jour les mouvements de l'univers dont on peut dire qu'il ne sait rien et qu'il doit connaître pourtant." (p.19)

"Les gens passaient leur temps à faire des préparatifs pour le lendemain. Moi je n'ai jamais cru à ça. Le lendemain ne faisait pas de préparatifs pour eux. Le lendemain ne savait même pas qu'il existaient." (p.146)

Que peut-il advenir de cet être gonflé d'avenir quand l'avenir n'est plus?

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Vendredi 6 juin 2008

Comment ça, un cadeau ça fait toujours plaisir?
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Vendredi 6 juin 2008

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore.
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.

Des nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre.
Les étoiles brillent toujours
Mais les yeux se sont remplis d'ombre.

Oh! Qu'ils aient perdu le regard?
Non, non cela n'est pas possible:
Ils se sont tournés quelque part,
Vers ce qu'on nomme l'invisible.

Et comme les astres penchant
Nous quittent mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leur couchant
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent...

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux qu'on ferme voient encore.

Sully Prudhomme

 

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Mercredi 28 mai 2008

    Une ombre passa sur le visage encore presque enfantin de Joe, puis une illumination de tendresse. Il n'était qu'un gars, elle n'était qu'une fille, tous deux au seuil de la vie, s 'apprêtant à louer une maison et à acheter des tapis. Il répondit:

    - Pourquoi s'en faire? Ce sera la dernière, la der des ders.

    Il sourit. Elle vit sur ses lèvres le soupir inconscient, sans souffle, du désaveu. Instinctivement, fémininement, possessivement, elle redoutait cette chose qu'elle ne comprenait pas, cette chose qui le possédait si fort.[...]

    - Mais pourquoi, insista-t-elle, pourquoi l'aimes-tu tellement cette ... ce "jeu" comme tu dis? [...]
   
    Comment aurait-il pu raconter l'ensorcellement du ring? Comment dire ce qu'il sentait et analysait, quand le Jeu atteignait son acmé? C'était au-delà de ses forces. [...]

    Son Joe, le Joe qu'elle connaissait s'estompait, se perdait. Perdu le visage frais et gamin, le regard tendre, les lèvres aux courbes douces, comme dessinées au pinceau: à la place, une face virile, un masque d'acier, tendu, figé;. une gueule d'acier, des mâchoires de piège à loups; des yeux d'acier dilatés, fixes, dont la lumière et l'éclat étaient ceux de l'acier. Le visage d'un homme... elle qui ne connaissait que celui du gamin. Ce visage-là était celui d'un inconnu.
    Et pourtant, malgré son effroi, elle était émue, et, oui, elle se sentait fière de lui. Sa virilité, la force du mâle qui combat exerçait sur elle son inévitable charme - femme qu'un long atavisme poussait vers l'homme fort, pour s'y appuyer comme à l'abri d'un rempart. Elle ne comprenait pas cette force qui s'élevait de son être, plus puissante que son amour de femme, et qui le dominait lui-même; en même temps elle éprouvait un doux serrement de coeur à la pensée que pour elle, par amour, il s'était soumis, avait sacrifié toute cette part de sa vie, en lui jurant que ce combat serait le dernier des derniers.

Jack London, Pour cent dollars de plus
par Mlle Georges publié dans : chroniques livresques
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  • pourquisonneleglas
  • : Mlle Georges

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